Anissa, donner l'amour le plus pur

Anissa, donner l'amour le plus pur

C'est lors d'une fin de journée à la Plage du Port Vieux, que mon amie Camille (la photographe de cet édito) me présente cette nana sublime de la serviette d'à coté. On papote et rapidement entre deux mots féchés et démo de danse de son ainée, je l'aime déjà. Anissa fait aussi partie de ces humains solaires aux multiples talents. Après une carrière dans la cuisine et d'autres activités pro dont je ne suis surement pas au courant, elle crée Vagalame, elle accompagne désormais les personnes faisant face à des ruptures sentimentales mais pas que.



Depuis que tu es devenue mère, qu’est-ce qui a le plus changé dans ta manière de te percevoir en tant que femme ?

Créer la vie, accoucher et donner naissance à un enfant a aussi donné naissance à la femme que je suis aujourd'hui. C'est de l'ordre du sacré.
J'ai eu la chance d'accoucher sans péridurale et j'ai cru mourir. Comment est-ce possible de survivre à un tel évènement ? Avoir la sensation de mourir de douleur tout en ressentant le bonheur une fois l'acte ultime accompli.

Sentir la vie dans son état le plus pur en serrant mes enfants dans mes bras.
Ressentir la force et la puissance de mon corps, du corps de la femme. Déconstruire pour créer et mourir à soi-même pour donner la vie. Ultime paradoxe de la vie et de la mort. Je ne serai plus jamais la femme que j'étais avant mes enfants, et j'en suis fière. Cette responsabilité absolue me force à honorer mon nouveau statut de femme et de mère et, paradoxalement, me procure un sentiment inouï de liberté. Ce travail de transformation est un long chemin et le restera encore longtemps, mais je ne me suis jamais sentie aussi forte qu'aujourd'hui. Je n'ai jamais été aussi connectée à mon corps, à sa puissance divine de créer ce qu'il y a de plus beau dans ce monde… nos enfants.

Il y a ce que l’on transmet volontairement à ses enfants, et tout ce qu’ils absorbent malgré nous. Qu’aimerais-tu qu’ils retiennent de toi, de ta façon de vivre et d’aimer ?

Ma sensibilité est ma plus grande force et j’essaie de leur transmettre tous les jours. Je vis les choses intensément, parfois peut-être un peu trop mais c’est ce qui me permet d’apprécier chaque moment dans son extrême beauté.

Tu portes la chevalière Namorada gravée des initiales des enfants. Qu'aimerais-tu qu'ils comprennent un jour en la regardant ?

Ce bijou est le symbole de mon amour inconditionnel pour mes enfants. Pendant la grossesse, le corps d'une femme se transforme jusque dans ses cellules pour porter la vie. Et certaines cellules du bébé traversent le placenta pour rester dans le corps de sa mère pendant des décennies. Mes enfants vivent donc littéralement en moi, et pour toujours. Ce serait si beau qu'ils en aient conscience en regardant ma chevalière Namorada : je les porte sur moi, gravés à mon doigt, et en moi, pour toujours.

Avec ton amoureux, votre histoire s’est construite à travers les années, la maternité et le quotidien. Quels sont les petits gestes, habitudes ou attentions qui continuent aujourd’hui à nourrir votre lien amoureux ?

Je suis tellement fière de notre amour, de ce que nous avons construit, de notre famille et de notre foyer dans lequel je me sens aimée et en sécurité. J'ai la chance d'avoir trouvé l'amour de « ma vie ». Je mets des guillemets, parce que je ne veux surtout pas prendre notre relation pour acquise. Alors je le chéris comme l'amour de ma vie aujourd'hui, et un peu plus chaque jour.Il est aussi mon partenaire, mon associé de vie. Le respect profond que nous nous portons nous garde liés, quelle que soit la situation. C'est si beau d'évoluer avec une personne qu'on aime et qu'on admire autant. On a pris l'habitude d'échanger pendant des heures sur les sujets qui nous animent ou qui nous bloquent, et on finit toujours par trouver une solution ensemble. Et surtout, on se dit toujours « merci » quand l'un ou l'autre sort le linge de la machine à laver (ahah).

Aujourd’hui, avec Vagalame, tu accompagnes des personnes qui traversent une rupture et tu expliques notamment ce qui se passe dans notre cerveau lorsque l’on ressent le manque. Qu’est-ce qui t’a donné envie de transformer ce sujet en accompagnement ?

J'ai vécu des peines d'amour très douloureuses. Au moment d'une séparation, on peut avoir la sensation qu'une partie de soi disparaît avec l'autre. Ressentir des douleurs physiques, avoir vraiment mal au cœur. Se sentir tellement seul·e. Après ma formation en kinésiologie, j'ai créé Vagalame pour proposer un accompagnement court et ciblé face aux maux du quotidien.

Aujourd'hui, je me concentre sur la rupture, parce que je n'ai jamais trouvé d'endroit où le sujet était vraiment pris à bras-le-corps. Et c'est terrible, car ce moment peut être l'un des plus douloureux d'une vie. Et il peut nous hanter longtemps. L'accompagnement se déroule en quatre séances, pour cibler rapidement le problème, comprendre l'impact de la rupture sur notre système nerveux, prendre de la distance et pouvoir enfin avancer.

Après une rupture, beaucoup de femmes se demandent : “Qu’est-ce qui n’allait pas chez moi ?” Comment apprend-on à ne plus mesurer sa valeur à la capacité de quelqu’un d’autre à nous aimer ou à rester ?

Après une rupture, il est essentiel de se repositionner. De se remettre au centre de sa vie, de son quotidien, de ses pensées et de ses projets. Le couple est un espace de fusion entre deux personnes, et il est facile de s'y perdre. Encore plus au moment de la séparation. Le départ de l'autre dit quelque chose de la relation, pas de ce que l'on vaut. Se recentrer ainsi permet de retrouver de l'indulgence envers soi, et de se reconnecter à qui l'on est, quelle que soit l'issue.

Entre la maternité, les relations amoureuses, les séparations et les nouveaux départs, notre identité évolue énormément. Qu’est-ce que tu as appris, avec le temps, sur le fait de rester soi au milieu de tous ces rôles ?

Il est très facile de s'y perdre. Je dirais que donner l'amour le plus pur aux gens que j'aime me permet de rester connectée à ma nature et à ma sensibilité. D'épouser toutes mes couleurs, qu'elles soient lumineuses ou parfois plus sombres.

Avec le temps, j'ai appris que rester soi, c'est peut-être d'abord devenir sa meilleure amie. C'est le plus beau cadeau que je me sois fait : m'aimer autant que j'aime mes proches, avec beaucoup de douceur envers moi-même.

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